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IDEX contre IDEX

« L’excellence » dévorant ses propres enfants

samedi 30 avril 2016, par GGB

Bien entendu, certains ne manqueront pas de se réjouir de voir l’IDEX dévorer ses propres enfants. Mais cet épisode supplémentaire de la série IDEX jette une lumière crue sur tout le processus et sur la nature de la politique de l’enseignement supérieur et de la recherche.

La situation multipolaire des lieux où se décide la politique de la recherche et de l’enseignement supérieur finit par laisser penser qu’il n’y a plus de politique du tout. Ceci est tout de même un peu gênant et le MESR (et plus particulièrement le secrétariat d’État) ressemble désormais plus à un ministère des Étudiants et de la Simplification restreinte qu’à un lieu de pilotage politique. On peut légitimement se demander qui pilote quoi désormais mais ce n’est pas une question nouvelle. La récente décision du Premier ministre sur les IDEX lui donne cependant un relief particulier.

L’IDEX, bateau ivre

Le processus IDEX se délite. Il était certes légitime d’évaluer la mise en œuvre des projets et la période probatoire n’était une surprise pour personne. Elle avait été annoncée dès le début du processus. Mais il faut tout de même s’interroger sur le fait qu’un seul IDEX 1 de la deuxième vague (Aix Marseille) ait été sanctuarisé et que deux projets de cette vague viennent d’être recalés. Rétrospectivement, l’évaluation de cette vague 1.2 pose tout de même problème.

Par ailleurs, la référence du communiqué du MESR et du CGI au « temps long » et au PIA 3 est tout de même de pure hypocrisie puisque ce dernier ne comportera pas d’IDEX [1]. Il n’y aura pas de rattrapage pour ces ex-premiers de la classe et si les choses se font dans le « temps long » on peut se demander pourquoi la période probatoire de Toulouse et de Sorbonne Paris Cité n’a pas été prolongée.

En fait, le processus apparaît démesurément long. Sachant que la toute dernière vague doit avoir lieu à l’automne - si je ne me trompe pas - et que le processus de « sanctuarisation » peut durer jusqu’à 6,5 ans on peut penser que la carte définitive de « l’excellence » française sera dessinée autour de 2024 ! Comme dirait Keynes, dans le long terme, nous serons tous morts.

De ce fait, on peut légitimement se demander si une politique reposant sur de bons vieux ressorts jacobins avec un gouvernement qui aurait eu le courage de trancher plutôt que de s’en remettre à un jury international et à un Commissariat n’aurait pas permis d’aller plus vite, d’économiser du temps, de l’argent et l’énergie des collègues.

Ce que la décision du jury dit de notre système

L’exclusion de deux anciens lauréats va sans doute permettre de gagner des marges de manœuvre pour la der des ders, c’est à dire pour la vague 2.2 de l’IDEX. Il y aura de la place pour un, deux voire trois lauréats et cela nourrira peut-être les espoirs de ceux qui furent recalés en vague 2.1. Il n’est pas interdit de penser que l’exclusion des deux anciens lauréats répond, en fait, à cette nécessité de gagner ces marges de manœuvre. Mais cela donnerait vraiment alors l’impression d’un système de Ponzi.

Par ailleurs, ce que reflète la décision du Premier ministre, quand on y songe, c’est un échec flagrant. En six ans, finalement, il apparaît aux yeux du jury que, malgré les millions versés, le site parisien n’aura pas été capable de se structurer et qu’un site comme Toulouse n’en a pas été capable non plus. On pourra brocarder les acteurs locaux ( c’est ce que l’on fait généralement dans ce cas ) mais est-ce une situation dont le pays peut réellement se féliciter ? Et si des acteurs primés n’arrivent pas à se structurer avec de tels moyens, que peut-on légitimement attendre de ceux qui n’ont pas été distingués ou soutenus à un tel niveau ?

Ainsi ce processus d’IDEX dessine-t-il en creux l’absence d’une politique de l’enseignement supérieur et de la recherche. Il donne tort à ceux qui - et j’en faisais partie - pensaient qu’il pourrait servir de levier. Il s’avère aujourd’hui comme un boulet qui va tirer la plus grande partie de l’enseignement supérieur et de la recherche vers le fond tandis que ceux qui auront arraché le gilet de sauvetage se retrouveront seuls dans un paysage dévasté. Je le redis : le PIA [2] centré sur l’excellence n’avait de sens que s’il était accompagné d’une politique claire et lisible favorisant l’émergence (ou la montée en gamme) de l’ensemble de notre système. Le pouvoir a feint de croire que les COMUE [3] tiendraient lieu de politique et de stratégie mais qui peut le croire à la lumière de leurs réalisations ? Les récentes contorsions du ministère sur l’entrée en master confirment que ce dernier est dans l’incapacité de fixer un cap et de l’atteindre, conformément à l’intérêt général.

Nous sommes à un an des élections présidentielles et l’heure du bilan approche. Pour l’enseignement supérieur et la recherche, il apparaîtra vite pour ce qu’il est : globalement négatif.

Notes

[1Enfin, c’est ce qui a été dit

[2Plan d’investissements d’avenir

[3Communautés d’universités et d’établissements