Mon année avec Marc Bloch (I) Sur la piste
Où l’on revient sur les débuts de cette année en passant des bords du Rhin à Pierrefitte-sur-Seine
La radio me rappelle ce matin que nous sommes le 16 juin. Il y a 82 ans, jour pour jour, Marc Bloch était assassiné. Dans une semaine, lui et son épouse Suzanne Vidal entreront au Panthéon. Quand j’ai appris la décision de cette célébration, j’avoue ne pas avoir été transporté car l’idée m’a traversé l’esprit que les mêmes responsables politiques - je parle de ceux pour qui la vérité n’est pas toujours une boussole - allaient pouvoir se racheter une vertu, le temps d’une cérémonie mémorielle. Je ne suis jamais à l’aise avec le double jeu que l’histoire joue avec la mémoire. Mais bon, il faut faire confiance à celles et ceux qui ont soutenu cette décision et à la famille qui a fixé des conditions. Après tout, il n’est pas inutile que les historiennes et les historiens de métier se rappellent, de temps en temps, au souvenir de la Nation.
Coïncidence historienne
Quand j’y repense, mon année avec Marc Bloch a commencé sur les bords du Rhin, début juin 2025, lors d’un atelier doctoral co-organisé avec le Centre Ernst-Robert Curtius de l’Université de Bonn. Cette rencontre avait été l’occasion de discuter de plusieurs textes de méthodologie historique, et notamment le chapitre de l’Apologie pour l’histoire consacré à l’analyse historique.
Ce petit travail m’avait conduit à me montrer insatisfait de l’édition du texte - je travaillais sur une édition dans laquelle Jacques Le Goff, dans sa préface, date l’Introduction aux études historiques de Langlois et Seignobos de 1901 (et non de 1897/1898). Une telle erreur était pour moi le signe d’une édition trop rapide de l’Apologie, ouvrage pourtant devenu emblématique. À cette occasion, j’avais découvert l’ancien mais lumineux article de Massimo Mastrogregori sur le "Manuscrit interrompu" dont le regard philologique me parut remarquable. Apprendre la réédition par ce dernier des Carnets inédits de Marc Bloch m’incita d’ailleurs à entrer en contact avec lui.
Tout s’emballe le 15 juillet 2025, trois jours après cette prise de contact, quand je suis invité à participer au numéro que l’APHG doit consacrer à Marc Bloch avec un article sur ... l’Apologie pour l’histoire. Cette sollicitation provoque chez moi un double effet de surprise et de satisfaction. Surpris, je l’étais par la coïncidence : me voilà entraîné sur le terrain de Marc Bloch depuis plusieurs semaines et, alors que je suis au milieu d’une correspondance avec l’un de ses meilleurs spécialistes, on me demande d’écrire sur Marc Bloch.
J’ai un peu honte de le dire mais j’y vois inconsciemment un signe du Dieu des historiennes et des historiens, celui qui vous fait trouver la source que vous cherchez depuis des mois, celui qui se moque de vous en vous faisant apporter un carton qui ne correspond pas à l’inventaire. Je suis satisfait, aussi, d’être sollicité pour parler de Marc Bloch et de méthodologie historique, mon violon d’Ingres. D’ailleurs, deux jours après, je suis aux Archives nationales pour aller voir le fonds ... de Charles Seignobos.
Gabriel Galvez-Behar
Un blog irrégulier d’expression personnelle